Cahier de citations


Elles sont une façon de s’entourer des autres

et de leur laisser la parole. Elles sont la voix des autres. Je ne conçois pas de livres sans citation parce que je ne conçois pas de livres sans la basse continue de la conversation. Écrire est une façon de parler. Il est peut-être temps de poser une première hypothèse. Si je me suis soucié de poésie, plus de poésie que d’autre chose, plus de poésie que de roman par exemple, c’est que je crois qu’un poème contient pour ainsi dire par définition une adresse, c’est-à-dire la présence d’autrui, qu’il est toujours adressé, qu’il est toujours soit une façon de parler soit un endroit où se rendre et peut-être les deux.

LES PIERRES

CLAIRES traversent les airs, les
blancheclaires, porteuses
de lumière.

Elles ne veulent
pas toucher le bas, l’abîme,
leur but. Elles
montent,
comme les humbles
églantines, elles s’ouvrent,
elles planent,
vers toi, ma silencieuse,
ma vraie – :

Je te vois, tu les cueilles avec mes
mains nouvelles, mes
mains-de-tout-le-monde, tu les mets
dans l’encore-une-fois clarté, que personne
n’a besoin de pleurer ni nommer.

Derrière la prospérité

de la plupart des secteurs il y a un Enfer ; cette prospérité provoque une productivité répressive et de “faux besoins”. Elle est répressive précisément dans la mesure où elle satisfait des besoins qui imposent la continuation du “à-qui-mieux-mieux”. C’est la “bagarre” pour ne pas se faire dépasser par les collègues du bureau ou les “copains” dans un travail qui consiste à prévoir une usure rapide pour l’objet fabriqué et à accélérer sa dépréciation qui serait “normalement” trop lente pour la survie des bénéfices ; c’est la “bagarre” pour être dispensé de l’usage créatif des facultés intellectuelles, pour travailler dans une branche de la production où il n’est question que de destruction. Le confort évident qu’apporte cette sorte de productivité, le support qu’elle fournit à un système de domination profitable, explique qu’elle se soit transplantée dans des zones du monde moins avancées, où il reste que l’introduction d’un tel système est un progrès gigantesque en termes techniques et humains.

On pourrait nommer philosophie

autocratique des techniques celle qui prend l’ensemble technique comme un lieu où on utilise les machines pour obtenir de la puissance. La machine est seulement un moyen ; la fin est la conquête de la nature, la domestication des forces naturelles au moyen d’un premier asservissement : la machine est un esclave qui sert à faire d’autres esclaves. Une pareille inspiration dominatrice et esclavagiste peut se rencontrer avec une requête de liberté pour l’homme. Mais il est difficile de se libérer en transférant l’esclavage sur d’autres êtres, hommes, animaux ou machines ; régner sur un peuple de machines asservissant le monde entier, c’est encore régner, et tout règne suppose l’acceptation des schèmes d’asservissement.

La société s’est reproduite

dans un ensemble de choses et de relations qui étaient de plus en plus techniques, y compris le fait qu’on a utilisé l’homme techniquement – en d’autres mots, la lutte pour l’existence, l’exploitation de l’homme et de la nature sont devenues de plus en plus scientifiques et rationnelles. La double signification de “rationalisation” doit être placée dans ce contexte. L’organisation scientifique, la division scientifique du travail augmentent énormément productivité de l’entreprise économique, politique et culturelle et le résultat c’est : un standard de vie amélioré. En même temps et sur les mêmes principes, cette entreprise rationnelle a produit un état d’esprit, une forme de conduite qui justifient, qui expliquent même les aspects les plus destructifs et les plus oppressifs de cette entreprise. La rationalité technique et scientifique et l’exploitation de l’homme sont liés l’un à l’autre dans des formes nouvelles de contrôle social.

En 1975,

tout près d’écrire son texte sur la disparition des lucioles, le cinéaste s’engagera dans le motif – tragique et apocalyptique – d’une disparition de l’humain au cœur de la société présente : “Je tiens simplement à ce que tu regardes autour de toi et prennes conscience de la tragédie. Et qu’elle est-elle, la tragédie ? La tragédie, c’est qu’il n’existe plus d’êtres humains ; on ne voit plus que de singuliers engins qui se lancent les uns contre les autres.”

Tout autre était la proposition de Walter Benjamin,

que nous reprenons ici à notre compte : “organiser le pessimisme” dans le monde historique en découvrant un “espace d’images” au creux même de notre “conduite politique”, comme il dit. Cette proposition concerne la temporalité impure de notre vie historique, qui n’engage ni destruction achevée ni début de rédemption. Et c’est en ce sens qu’il faut comprendre la survivance des images, leur immanence fondamentale : ni leur néant, ni leur plénitude, ni leur source d’avant toute mémoire, ni leur horizon d’après toute catastrophe. Mais leur ressource même, leur ressource de désir et d’expérience au creux même de nos décisions les plus immédiates, de notre vie la plus quotidienne.

Il est difficile de réveiller ses rêves,

de façonner de l’hétérogène, d’acquérir l’art d’inventer autrement sa vie jusque-là mutilée. C’est pourquoi sans fin l’on se soulève. Sans fin, parce que bien souvent cela retombe, cela échoue, cela s’échoue sur les sables du conformisme ou contre la falaise des services d’ordre. Mais, sans fin, l’on recommence, sans fin : sans que jamais le but final – l’apaisement de tout, la réconciliation obtenue, le désir enfin satisfait – ne soit atteint. Mais, aussi, sans que jamais ne retombe le désir et, avec lui, le courage de désobéir, la pulsion d’inventer, la force de faire autrement, l’énergie pour se désasujettir. Les soulèvements, par cette intarissable multiplicité dont fait montre l’histoire des sociétés humaines, formeraient donc, prises ensemble, le grand art politique du non finito. Cela pour dire à la fois leur fragilité constitutive – ou constitutionnelle : fragilité de s’indéfinir au regard du pouvoir – et leur puissance proprement infinie. Puissance de volcans, de vagues, dé poussières en mouvement ou d’ouragans.

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